L'ÉLOGE DE L'OMBRE

Extrait

​− C’est son attitude lors des procès qui a mis de l’huile sur le feu. Il semblait si paisible, si décontracté. Comme s’il se savait à l’abri, intouchable. Ça a rendu les gens fous. La presse à sensation a bien sûr empiré la situation et l’a décrit, le sourire narquois, d’une élégance excessive et indifférent aux témoignages de ses victimes. Du coup, les rumeurs ont commencé à circuler. On a raconté que le juge américain avait été acheté, que Nicolas Launay se savait hors de danger. Le fait est que les deux affaires ont démarré et se sont conclues de la même façon. Les preuves qui paraissaient solides ne l’étaient pas. Il y avait des failles considérables dans les deux dossiers d’accusation. Les témoignages ne se recoupaient pas. Bref, ça a été une colossale perte de temps.
− Qui est vraiment Nicolas Launay ? demande le journaliste, un jeune homme en complet veston et à la voix fluette.
− Comme vous vous en doutez, c’est le champion de l’artifice, un génie de la dissimulation. À part ce qu’il a bien voulu raconter – parents morts, aucune famille, études aux États-Unis, entre autres à la Harvard Business School – on ne sait rien sur lui. J’ai procédé à des recherches poussées et je n’ai rien trouvé. Il a effacé toutes traces de son passé. Il faut croire que c’est facile lorsqu’on a beaucoup d’argent… Ça ne me surprendrait pas que ‘Nicolas Launay’ ne soit pas son vrai nom. Je pense que ce passage de ‘Sans titre’, son premier roman, est en ce sens révélateur. »


Jasper Call se racle la gorge puis se lance :

« Contrairement au dicton, la vérité n’est pas bonne à savoir. L’imbécile qui a cru bon penser le contraire était mu par une culpabilité sans nul doute chrétienne. Une fois révélée, la vérité fait toujours des victimes. Peu importe le sujet, on n’en ressort jamais intact. Après dix-huit mois de recherches intensives, j’en suis arrivé à la conclusion que Nicolas Launay n’est qu’une façade, un rôle endossé par un homme qui ne veut  rien révéler de lui-même, surtout pas son passé, et qui a choisi de disparaître derrière une image construite de toutes pièces afin d’avoir la paix. Il n’abandonnera pas ce rôle car, comble du paradoxe, c’est parce qu’il s’expose à la lumière, qu’il offre sa ‘création’ au public qu’il peut jouir de l’ombre ».

Synopsis

Rachel Weber est une photographe que l’ombre attire davantage que la lumière, surtout lorsqu’il est question de Nicolas Launay, homme d’affaires corrompu devenu écrivain. Elle l’a brièvement rencontré et photographié un soir, dans un aéroport, et depuis, non seulement sa carrière a redémarré grâce à lui, mais il lui envoie une série de lettres dans lesquelles il prétend se raconter.

Le défi que je me suis lancé en rédigeant ce roman était double : montrer comment Rachel, qui est une femme introvertie, se réapproprie peu à peu sa vocation et développe un nouveau langage visuel au fur et à mesure qu’elle lit, et remet en question, les confidences de Nicolas ; mais aussi explorer les raisons qui ont poussé ce dernier à se réinventer et à projeter une image de lui à la fois provocatrice et insaisissable.

– 44 000 mots / 212 000 caractères / Numéro SACD 000347689

​​© 2019 Caroline Jestaz

 

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